L'expression « zones humides » désigne des milieux très divers : marais, estuaires, lacs, mangroves, prés salés, prairies humides... Une zone humide est avant tout caractérisée par la présence permanente ou temporaire d'eau.
Elles sont composées d'une flore spécifique pouvant vivre dans des sols inondés quelques mois de l'année. Elles sont généralement gérées par le pâturage ou la fauche. Ces milieux sont d'une grande valeur patrimoniale du point de vue floristique, faunistique mais aussi de par le rôle qu'ils jouent dans la gestion qualitative et quantitative de l'eau.

Couleuvre vipérine
Trèfle d'eau
Lézard vivipare
Elles sont des milieux fragiles dont l'édification se réalise sur une période de 2000 à 5000 ans. Généralement saturées en eau pendant une longue période de l'année voire en permanence, elles abritent des espèces végétales spécialisées, relique de périodes climatiques froides passées. Les tourbières sont caractérisées par la présence de tourbe.
La tourbe est un sol issu de la décomposition incomplète et de l'accumulation dans le sol de débris végétaux. Les sols tourbeux sont saturés en eau durant des périodes prolongées. Cet excès d'eau se traduit par un déficit e oxygène (anaérobie) , entraînant une réduction de la vie bactérienne. Hors, se sont principalement des bactéries, des champignons et des petits invertébrés qui décomposent les substances organiques en substances minérales. L'activité réduite des micro-organismes décomposeurs permet l'accumulation de matière organique partiellement décomposée : la tourbe. La composition de la tourbe sera fonction de la végétation naturelle de chaque tourbière, on parlera de tourbe de sphaigne, de carex, de jonc en référence aux débris végétaux dominants. D'une manière très générale on parle de tourbe blonde, brune, noire. La tourbe s'accumule au fil des ans au rythme de 0,02 à 1 mm par an.
La tourbe a longtemps été utilisée pour le chauffage. L'extraction de tourbe était destinée aux besoins de la famille et se faisait avec des outils traditionnels de type bêche. La tourbe extraite sous forme de briquettes rectangulaires de 2 à 5 Kg était ensuite mise à sécher (pendant quelques mois de l'année). Globalement, l'extraction « extensive » fut plutôt bénéfique aux tourbières. En effet, outre la formation de milieux secondaires (mares, gouilles, fossés) la fréquence de l'extraction de la tourbe ne détruisait pas les sites. Aujourd'hui encore certains pays continuent de se chauffer à la tourbe. C'est notamment le cas de l'Irlande ou la majorité des foyers se chauffent à la tourbe. Malheureusement, en Irlande comme ailleurs, l'extraction de tourbe ne se fait plus de manière rationnelle et les volumes prélevés ne permettent pas de régénération. En France « l'industrialisation » des sites d'extraction entraîne la disparition pure et simple de centaines d'hectares de tourbières. Si on ne se chauffe plus à la tourbe dans nos régions, on a très vite trouvé un nouveau débouché : l'horticulture. Les « producteurs » de tourbes ont même réussi le tour de force de faire croire que la tourbe est indispensable à la bonne croissance des végétaux et de nombreux jardiniers se font l'écho d'un argument purement commercial. Face à une certaine levée de boucliers et conscients que les ressources en tourbe n'étaient pas inépuisable, des professionnels du jardinage ont même commercialisé de la tourbe sans tourbe !
D'ailleurs, les plus grands vendeurs de tourbe en sac se sont d'ores et déjà mis à commercialiser ce nouveau produit. Comme quoi une bonne idée commerciale ne meurt jamais.

Linaigrette
Les tourbières et les prairies humides jouent un rôle important dans la gestion de l'eau et dans la conservation d'espèces animales et végétales, ce qui leur confèrent le statut « d'infrastructures naturelles à valeur patrimoniales ». En effet, ces écosystèmes humides remplissent tout à la fois des fonctions hydrologique (gestion qualitative et quantitative des eaux) et des fonctions biologiques (lieux de vie d'une flore particulière, zone d'alimentation et de reproduction de nombreuses espèces animales). Ils ont aussi une valeur économique (pâturage, fauche, extraction de tourbe...) culturelle (écomusée) et récréative (observatoire de la faune et de la flore, chasse...)

Vipère aspic
Les tourbières et les prairies humides jouent un rôle important dans la régulation des mouvements d'eau. Ce qui a valu d'être souvent comparées à de véritables « éponges naturelles » emmagasinant l'eau avant de la restituer progressivement. Les tourbières ou prairies humides agissent sur les masses d'eau. Lors d'une crue ou d'un épisode pluvieux, la zone humide va se remplir en stockant l'eau. La végétation, mais aussi la rugosité topographique (gouilles, buttes...) favorisant le ralentissement de la circulation des eaux et accentuant ainsi l'infiltration. L'image de la tourbière fonctionnant comme une éponge est judicieusement trouvée, l'eau s'accumule jusqu'à un certain stade qui correspond à la capacité maximum de stockage de la zone humide.
Cette manière imaginée de concevoir le fonctionnement d'une tourbière n'est pas si éloignée de la réalité. En effet, une tourbière a une capacité maximum de stockage de l'eau. Comme une éponge, la capacité de stockage est d'autant plus élevée que les arrivée d'eau font suite à une période de sécheresse. Cependant, la capacité de stockage n'est pas infinie, il existe un seuils maximum de rétention d'eau. Tourbières et prairies humides vont garder leurs eaux longtemps et parfois même les ôter de la phase de décrue ; la vidange tardive se fera alors en période d'étiage. Et c'est ainsi que l'on parle de la fonction de soutien de débits d'étiage. Cette fonction est souvent avancée en parallèle à celle de l'écrétage des pics de crues. En effet, les eaux stockées ont une vidange lente voire lointaine restituant progressivement l'eau emmagasinée.
Toute réduction des pics de crues a un effet bénéfique pour l'aval. Toutefois, à l'échelle d'un sous bassin versant l'impact d'une seule tourbière ou d'une seule prairie humide (sauf site de très grande taille) sur le régime des écoulement est faible. En revanche, un chapelet de zones humides interconnectées accentue l'effet d'atténuation des crues par concomitance. Cela justifie pleinement la protection des zones humides comme adjuvant de prévention des crues.
C'est aussi en retenant les eaux de crues et de ruissellements que les tourbières assurent un rôle de filtration et d'épuration des eaux. Ce rôle de « piège » à sédiments permet l'amélioration de la qualité de l'eau. Il débarrasse non seulement les eaux des matériaux en suspension (épuration physique), mais il permettra aussi la transformation du phosphore et des nitrates (épuration chimique). Cette propriété des zones humides à épurer les eaux en fait de véritable « reins » à l'échelle d'un bassin versant.

Libellule
Jonc agglomérée
Jonc acutiform
Les zones humides constituent de véritables réservoirs de biodiversité. Ainsi en France, plus de 50 % des espèces d'oiseaux dépendent des zones humides et 30 % des espèces végétales remarquables et menacées en France y sont inféodées.
Si peu d'espèces animales sont strictement inféodées aux tourbières et aux zones humides, un très grand nombre y fait régulièrement des séjours, pour se nourrir, se reposer ou encore se reproduire. En effet, ces milieux représentent une niche écologique extrêmement favorable au développement de nombreuses espèces animales. La variété des écosystèmes humides permet la coexistence d'espèces animales qui entretiennent avec leurs espaces de vie des relations fonctionnelles. De nombreuses espèces d'insectes trouvent dans les milieux humides les conditions impératives de leurs développement : nourriture, mais surtout site de reproduction. Beaucoup d'insectes comme les libellules (odonates), les moustiques (diptères) ont un stade de développement larvaire aquatique.
Du côté des vertébrés emblématiques des milieux humides prairials, les amphibiens et les reptiles trouvent dans les zones humides les conditions impératives à leur vie aquatique ou semi larvaire et à leur reproduction. Parmi les hôtes les plus fréquents on distinguera le Lézard vivipare, la grenouille rousse, le crapaux calamite, la couleuvre à collier, la couleuvre vipérine et la couleuvre aspic. De nombreuses espèces d'oiseaux sont pendant une ou plusieurs phases de leur vie directement liées aux zones humides. Que se soit de manière temporaire pour se nourrir, effectuer une halte migratoire, hiverner, muer, nicher ou bien encore de façon permanente. D'une manière non exhaustive on citera la Bécassine des marais, le Canard colvert, le Héron cendré, mais aussi des rapaces comme le Busard cendré ou le Hibou des marais.
Plus épisodiquement, on notera la présence de grands herbivores : chevreuils, sangliers en quête de nourriture, d'herbe verte et de fraîcheur l'été. Des carnivores comme le renard profiteront de la reproduction des grenouilles pour faire le plein de proies faciles.
Les tourbières et les prairies humides abritent une flore particulière, spécialisée et adaptée à la vie dans les milieux humides.
Les sphaignes sont les plantes typiques des tourbières. Leur présence est fortement liée aux stations les plus humides. Les sphaignes s'apparentent à des mousses. Elles ont une croissance verticale. La partie basale meurt mais continue d'alimenter en eau par capillarité la partie sommitale et forment ainsi de véritables buttes. Elles peuvent stocker une quantité d'eau égalant 15 à 30 fois leur poids sec.
Dans les stations les plus humides on retrouve des plantes « amphibies » comme le Comaret et le Trèfle d'eau. Ils forment, par leur développement de véritables radeaux flottants sur l'eau. En effet, ils disposent de tiges creuses contenant de l'air qui les transforment en flotteurs et permettent à la plante de progresser à la surface de l'eau.
Très certainement les plus célèbres représentantes des zones tourbeuses ou humides sont les Droséras : plantes carnivores ou plus exactement insectivores, ont développé un moyen de pallier la pauvreté de ces biotopes en azote minéral directement assimilables par les plantes. En effet, ces dernières sont devenues carnivores afin de prélever l'azote organique animal pour subsister. Ces plantes ont développé des systèmes de pièges, pour pouvoir capturer les insectes et les digérer.
Les linaigrettes sont facilement identifiables aux soies blanches qu'elles produisent après la floraison. Plante peu commune, reliquat des périodes glaciaires. Vous pourrez observer les magnifiques houppes soyeuses entre avril et juillet.
Enfin, les joncs forment bien souvent le cortège végétal le plus visible des zones humides. De par leur pouvoir de colonisation les joncs forment des peuplements souvent denses. Les joncs sont des herbes et se composent généralement d'une tige ronde rempli de moelle, avec sou sans feuilles.

Les tourbières sont des lieux de vie mais aussi des lieux de mémoire. Comme nous l'avons vu la tourbe s'accumule au fil des ans au rythme de 0,02 à 1 mm par an. Les couches successives de tourbe renferment des éléments qui en milieu pauvre en oxygène sont conservés malgré le temps qui passe. Ces éléments peuvent aussi bien, être des débris végétaux que des pollens. Le pourvoir de conservation des tourbières est tel que l'on a retrouvé des cadavres humains relativement bien conservés. L'homme de Tollund est certainement l'homme préhistorique le mieux conservé. Il n'est pas le seul homme des marais, partout en Europe du nord, des corps naturellement momifiés par l'eau acide des tourbières ont ainsi été découvert.
Encore, les tourbières renseignent sur les paysages qui se sont succédés au fil des siècles. Des spores, des grains de pollens, des graines, des tissus végétaux se sont déposé et se sont retrouvés petit à petit pris dans un écrin de tourbe. A chaque centimètre de tourbe correspond une période ou la présence ou non de spores ou de graines ; peut renseigner sur les associations végétales en place aux époques antérieures. En effet, le graines et spores de pollen ont une membrane très résistante qui leur permet de soutenir des décennies dans la tourbe. Le pollen est la signature de chaque espèce végétale, leur présence dans la tourbe à une hauteur donnée renseigne sur les espèces présentes à telle ou telle époque.
La période de sécheresse de l'été 2003 et de l'été 2005, a affecté très significativement la ressource en eau et la quantité de fourrage disponible. Bien heureux les agriculteurs qui possédaient des tourbières ou des prairies humides. En effet, les zones humides ont révélé toute leur importance dans les rotations pastorales, offrant un fourrage vert tout au long de l'année.
Par le passé, les prairies humides et autres tourbières bénéficiaient de davantage d'une reconnaissance fourragère. Avec la sécheresse, les agriculteurs ont tous reconnus le rôle majeur que les milieux humides avaient joué dans la production d'herbe regrettant bien souvent les quelques ares qu'ils avaient pu faire drainer par le passé. De même, les prairies humides de fauche n'ont-elles pas déçu quant au rendements qu'elles ont offerts ? Certes le fourrage n'est pas de première qualité mais il a le mérite d'exister. Nombreux sont les exploitants qui reconnaissent que grâce aux zones humides ils ont pu préserver le peu de foin qu'ils avaient. En effet, seules les zones humides ont pu offrir de l'herbe verte au plus fort de la sécheresse. Avec la canicule elles ont même fait office de reposoir pour les bêtes ... dernières oasis de fraîcheur.
